De mon presbytère aux bagnes nazis

mémoires d'un prêtre déporté en Allemagne

Abbé Paul Parguel
Chanoine honoraire - Curé de Sainte-Bernadette - Montpellier

 

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Evêché
de
Montpellier

Montpellier, le 4 mars 1946

 

Cher Monsieur Parguel,

Vous avez désiré quelques lignes de votre Evêque en tête de votre récit des souffrances que vous avez endurées au cours de votre déportation en Allemagne. Vous savez que je n'ai pas attendu pour compatir à votre sort tragique, le moment de lire le récit de toutes les horreurs dont vous avez été la victime ou le témoin. Dès le lendemain de votre arrestation, j'ai fait entendre à la Gestapo mes protestations qui sont restées malheureusement inefficaces. Une demande a été également adressée par moi au représentant du Saint Père en France, demande très bien accueillie qui a abouti à des démarches malheureusement aussi infructueuses. Après cela, il nous restait la ressource de prier pour vous, ce que nous n'avons pas manqué de faire un seul jour.

Je suis assuré que vous avez entrepris cette narration non pour attirer l'attention émue sur vos propres souffrances, mais pour éveiller la piété charitable et priante de tous les chrétiens sur vos frères de malheur qui ont été plus atteints que vous même qui sont morts en exil.

Pour vous, je rends grâces à Dieu que vous nous soyez rendu, que vous ayez été soutenu vous-même par votre foi en cette terrible épreuve, et que vous ayez pu, en prêtre, porter secours à tant d'infortunes et être au milieu de tant d'horreurs le témoin et le confident de splendeurs spirituelles. Croyez, mon cher ami, à mes sentiments de très cordial attachement.

Montpellier le 4 mars 1946.

Gabriel Bruhnes,
Evêque de Montpellier